OTAN-Russie, une escalade sans fin

par Jean-Pierre Kadeyan.

L’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN, devient un argument de communication fort du pouvoir Russe sur le danger venu des USA, car il met en avant que non seulement des soldats américains et des bases militaires américaines pourraient apparaître sur le territoire de ces pays, mais aussi des armes nucléaires, très probablement également américaines. 

Helsinki et Stockholm sont sur le point de devenir une partie à part entière de l’Alliance de l’Atlantique Nord ce qui porterait le nombre de pays adhérents à trente-deux États. 

Il reste cependant un dernier obstacle pour finaliser ces adhésions dont rêvent les Américains : les parlements Hongrois et Turc, les seuls de l’OTAN à ne pas avoir ratifié la candidature des nouveaux venus.

Le Parlement hongrois a déjà reporté à plusieurs reprises le vote sur la candidature, invoquant des contraintes de temps dues à l’immersion dans la lutte contre la crise énergétique et la bureaucratie bruxelloise. Le 2 Novembre, le président finlandais Sauli Niinistö a téléphoné au Premier ministre hongrois Viktor Orban qui a conclu que tous les malentendus semblaient dissipés, que le parlement devrait trouver une « fenêtre » avant Noël dans son agenda très chargé. 

La Turquie pourrait peut-être se montrer beaucoup plus ferme. Ankara conserve quelques griefs envers la politique de Stockholm et d’Helsinki sur le sujet Kurde. Là ou la Turquie voit des « terroristes » ces pays y voient des « résistants ». Inacceptable pour la Turquie.

Recep Tayyip Erdogan va probablement céder aux efforts de lobbying des États-Unis et des autres pays influents de l’UE. Il peut être certain qu’il saura négocier des avantages pour la Turquie et pour faciliter son maintien au sommet de l’Etat Turc. En outre, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, s’est envolé pour Ankara jeudi, où il séjournera pendant deux jours. Cela démontre bien la forte volonté des USA de clore rapidement ce dossier.

Les Finlandais et les Suédois, quant à eux, sont également pressés. Cette précipitation est telle que l’on ne trouve aucune information sur les modalités réelles de leur adhésion et ce qui changera pour ces pays. Par exemple, des bases de l’OTAN apparaîtront-elles en Finlande et en Suède en plus des bases déjà existantes de leurs armées nationales ? Un contingent militaire supplémentaire de l’OTAN y sera-t-il stationné, et si oui, avec quelles armes ? Et enfin, la question la plus importante : ces armes comprendront-elles des missiles à têtes nucléaires livrés des États-Unis et/ou de la Grande-Bretagne.

L’OTAN a cela de particulier qu’il est possible aux États membres de négocier un régime spécial. Par exemple, la France n’est pas membre des structures militaires de l’alliance, et n’est répertoriée que dans les structures politiques.  En Islande, il n’y a même pas d’armée – seulement une garde côtière, mais c’est un membre à part entière de l’OTAN. Les Grecs et les Turcs sont également membres à part entière, mais leur interaction militaire est quasi inexistante du à une animosité mutuelle. Au Danemark, l’utilisation de l’énergie atomique à des fins tant pacifiques que militaires est interdite par la loi, etc…

Formellement, la charte de l’alliance n’abolit pas le principe de souveraineté nationale, et l’adhésion à l’OTAN ne signifie pas qu’une fois ratifiée, le nouvel état membre délivre automatiquement aux Américains toutes ses infrastructures militaires (même si dans les faits la souveraineté nationale doit être souvent sacrifiée au nom de l’OTAN pour des questions de cohérence).

C’est sur ce flou des modalités d’adhésion finlandais et suèdois que la Russie fulmine et commence à prévenir, à défaut de menacer.

Effectivement, il semble que dans cette course à l’adhésion, les Finlandais n’aient rien négocié. Rien ne laisse à penser que Helsinki ait négocié une quelconque exception. 

Lorsqu’il a été demandé en mai 2022 au Premier Ministre Sanna Marin, si la Finlande accepterait des missiles nucléaires, sa réponse a été clairement  négative mais admettait que cette question était peu discutée dans le pays. Le discours a totalement changé depuis le 1er novembre ou lors d’une conférence de presse commune avec la Suède,  elle déclarait : « Nous ne devons mettre aucune condition. Nous avons décidé que ne voulions fermer aucune porte ».

Le président finlandais, Sauli Niinistö, a estimé qu’il est encore trop tôt pour évoquer la question des armes nucléaires. « Nous rejoindrons l’OTAN selon les conditions de celle-ci. La question des armes nucléaires est prématurée ». Autant dire, Signons un accord cadre et on parlera plus tard des « détails ». Le journal Finlandais Iltalehti va même plus loin et a précisé que, selon des sources proches gouvernement finlandais, le projet de loi du gouvernement finlandais sur l’adhésion à l’OTAN autoriserait à l’Alliance à déployer des armes nucléaires en Finlande. Et il n’imposerait aucune restriction concernant l’établissement de bases. « Il serait difficile d’élaborer un nouveau plan de défense de la Finlande au sein de l’OTAN si les armes nucléaires ne pouvaient pas être introduites dans l’espace aérien finlandais ».

Selon des sources du bureau du président Niinistö, le projet de loi réglementant les relations avec l’OTAN est presque prêt et sera présenté au parlement très prochainement. Si comme on peut donc légitimement le supposer il n’y a pas eu réellement de négociation, la loi permettrait le déploiement de bases militaires et de contingents des forces de l’alliance en Finlande et éventuellement d’armes nucléaires. 

Les chances que ce projet soit rejeté sont purement théoriques. 

Quant à Stockholm, ils se sont donnés pour règle de se référer à Helsinki en tout – plus précisément, de coopérer étroitement avec les Finlandais dans le domaine de la défense et du complexe militaro-industriel, qui existe réellement et existe depuis un certain temps. « Il est tout à fait naturel que la Finlande et la Suède agissent conjointement sur ces questions et aient le même dessein », a déclaré lors de cette même conférence de presse le Premier ministre suédois Ulf Kristersson, qui n’a pris ses fonctions que récemment mais a déjà promis d’apporter « encore plus de soutien » à l’Ukraine…

Le commandant des forces armées suédoises, Mikael Byden, a été le plus clair de tous au sujet du déploiement d’armes nucléaires dans son pays : « Mon conseil est très clair : a priori, aucune réserve. Mettre des serrures avant même de devenir membre [de l’Otan] ne crée que des obstacles et des frictions ».

Dernier élément qui semble confirmer l’absence de réserve dans le projet de loi d’adhésion a été la conclusion commune de  Marin et Kristersson affirmant que si leurs pays avaient quelques réserves, ils pourraient toujours les exprimer « plus tard ».

Cette liberté de manœuvre dont jouissent les dirigeants suédois et finlandais vient de la lourde campagne anti-russe qui a explosé ces derniers mois dans bon nombre de pays européens. Les opinions publiques des deux pays – auparavant critiques à l’idée de rejoindre l’alliance, sont maintenant très favorables à cette étape. 

Il est cependant hélas possible qu’à force de crier au loup, on finit par l’appeler.

La Russie voit dans l’adhésion de ces pays non seulement un danger mais presque un pas certain vers de guerre si des armes nucléaires étaient déployées sur les pays frontaliers. La Russie se sent comme une forteresse assiégées de bases militaires américaines qui depuis quelques années se multiplient tout autour de son territoire. Ajoutez-y la possibilité d’abriter des armes nucléaires et la « paranoïa » (justifiée ?) est à son comble.

Ces pays de l’Europe du Nord, par la peur de la Russie entretenue par une propagande exagérée, demandent en hâte un bouclier militaire et éventuellement nucléaire. Tout cela pour faire face à un État dont le budget militaire de 65 Million (732M USA, 50M France) a échoué à écraser son voisin Ukrainien dans une blitzkrieg.

La conséquence directe est inévitable. C’est un pas de plus vers l’escalade car la Russie ne tolérera pas le déploiement de bases militaires US si près de ses frontières sans aligner de son côté les seules armes qui peuvent faire office de dissuasion et que la Russie peut disposer : des missiles nucléaires pointés vers l’Europe du Nord.

Le ministère russe des Affaires étrangères a qualifié la décision de la Suède et de la Finlande de « grave erreur aux conséquences profondes ». Selon le président Vladimir Poutine, leur entrée dans l’alliance ne constitue pas une menace immédiate, cependant, l’expansion des infrastructures militaires dans ces territoires « provoquera une réaction brutale » de la part de Moscou.

Au final, cette escalade est simpliste, quasi mathématique. Nous savons tous ce que la Russie répond à ce qu’elle désigne systématiquement comme étant des provocations : « Nous n’aurons pas peur de frapper si nous sommes en danger ». Et nous savons que la Russie pourra passer aux actes. Bush avait annoncé un nouvel ordre mondial de paix et de justice et de démocratie, un nouvel ordre mondial – encore en devenir – qui a déjà fait quelques millions de morts. 

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